Certes, certains liens ont un caractère aliénant : l’amour peut être possessif et asphyxiant. Les amitiés parfois aussi. D’où la méfiance de quelques-uns envers toutes formes d’attachement, qui leur semble trop associé à une infinités de douleurs possibles : douleur d’être abandonné, douleur de voir souffrir ceux que l’on aime, douleur de ne pas être aimé comme on aime…

Mais le seul moyen de se libérer de ces peurs d’amour, de ces angoisses de ne pas assez recevoir, c’est de donner, de pratiquer l’amour altruiste. Celui de l’amour parental, que nous montre Véronèse. Ou de l’affection amicale.

Il y a dans la mécanique du bonheur des cercles vertueux. Dont celui de la gratitude : je peux être reconnaissant envers diverses personnes de m’avoir procuré du bonheur. La science nous apprend que cette gratitude va, à son tour, augmenter notre bonheur….

D’où ces étranges « exercices de gratitude » prescrits par les psychothérapeutes à leurs patients. Par les médecins aussi, car la gratitude a des effets bénéfiques sur la santé : un cœur reconnaissant entre en cohérence cardiaque, voit ses battements se ralentir et s’harmoniser ; il semble que le cerveau lui aussi bénéficie de ces vagues de reconnaissance, comme nous le montrent les études de neuro-imagerie. La recherche en psychologie semble montrer que tout ce qui nous est donné par autrui nous procure en général plus de bonheur que ce nous avons acquis par nous-même.

Heureusement, les occasions de gratitude ne manquent pas. Comme le bonheur, elles nécessitent juste un petit effort d’ouverture, d’attention et de réflexion. Par exemple envers toutes les personnes qui nous ont aidé à devenir nous-même : parents, grands-parents, proches, amis, enseignants. Toutes ces personnes qui ont partagé des moments de notre vie et qui nous ont donné du bonheur ou appris à nous en rapprocher, au travers de leur amour et de leur affection, de leur attention.

Gratitude aussi envers des inconnus pour un sourire ou un geste d’humanité, de respect, de gentillesse, ou tout simplement de politesse. Conscience de ce que nos bonheurs doivent aux autres mais aussi bonheur de cette prise de conscience et de ce souvenir.

Le bonheur ne souffre jamais de se sentir en dette vis-à-vis d’autrui ; il souffrirait plutôt de ne pas reconnaître ni assumer cette dette. Il grandit lorsqu’il se nourrit de gratitude, « ce sentiment heureux d’une dette infinie » selon les mots du philosophe Vladimir Jankelevitch.

…./….. Extrait – de l’Art du Bonheur – Christophe André.